Canadiens : la position de centre à long terme
- Alexis Michaud
- 15 oct.
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 oct.

Si la saison 2025-2026 du CH est remplie d’optimisme, la position de centre de l’équipe est remplie de questions. Avec une ligne de centre composée de Nick Suzuki, Kirby Dach, Oliver Kapanen et Jake Evans, le Tricolore ne peut se permettre une blessure à cette position. Regardons le portrait de ce fameux deuxième centre à travers la LNH ainsi que les options qui s’offrent et qui s’offriront au duo Hughes-Gorton à court, moyen et long terme afin de combler cette faille.
Portrait des deuxièmes centres dans la ligue
La question du deuxième centre à Montréal soulève beaucoup de discussions et elle mérite d’être approfondie. Devrions-nous viser un deuxième centre élite capable de faire concurrence à Nick Suzuki, un joueur pour remplir un vide à court terme ou un centre à caractère plus défensif ? Les deux dernières finales de la Coupe Stanley nous ont présenté des deuxièmes centres aux styles et productions offensives radicalement différents en Sam Bennett et Leon Draisaitl. L’an dernier et l’année d’avant, Draisaitl avait récolté 106 points alors que Sam Bennett en avait récolté 41 et 51 (en 69 et 76 matchs). Même si certains diront que Bennett se démarque par ses intangibles, l’écart demeure significatif. Cette comparaison nous permet de mettre en perspective des profils de deuxième centre radicalement différents chez deux équipes qui ont connu du succès.
Par ailleurs, en observant les cinq dernières équipes championnes de la Coupe Stanley, on constate que ces deuxièmes centres n’étaient pas nécessairement des machines offensives. Anthony Cirelli, Chandler Stephenson, Nazem Kadri ainsi que Sam Bennett ont tous occupé ce rôle. À l'exception de Nazem Kadri et ses 87 points en 2021-2022, leur production demeurait modeste. Ce qui rend ces joueurs d’autant plus intéressants est que ces joueurs ont tous été acquis sans céder des gros retours et des hauts choix au repêchage alors que chacun d’eux a d’abord été perçu comme un joueur de soutien avant de s’imposer comme une pièce importante dans son équipe respective.
Ce constat peut suggérer une certaine tendance au niveau des lignes de centres des équipes championnes. Le secret repose dans l’intégration adéquate dans une hiérarchie d’attaquants plutôt que la recherche d'un profil de producteur élite. Des joueurs comme Stephenson, Bennett ou Cirelli illustrent parfaitement la métaphore de « la bonne chaise » : leur utilité repose sur leur rôle de cinquième, voire sixième attaquant le plus productif plutôt que sur un statut de deuxième centre élite.
L’idée ici n’est donc pas de sous-estimer l’importance du fameux centre numéro 2, mais plutôt d’illustrer ce que plusieurs équipes championnes ont fait en ne cherchant pas à faire un coup d’éclat, mais en développant un groupe d’attaquants. Même si, de plus en plus, on vente l’idée d’un deuxième centre presqu’aussi performant que le premier centre, la hiérarchie des attaquants pourrait être un concept plus important à considérer.
Des productions offensives combinées ou individuelles ?
Pour pousser la réflexion sur la production des top 6 à travers la Ligue nationale, nous avons examiné la production offensive combinée des six attaquants les plus productifs du top 5 du classement général des équipes de la saison 2024-2025 : les Jets de Winnipeg, les Capitals de Washington, les Golden Knights de Vegas, les Maple Leafs de Toronto et les Stars de Dallas.
Équipes | Points combinés des 6 attaquants les plus productifs |
Jets de Winnipeg | 396 |
Capitals de Washington | 409 |
Golden Knights de Vegas | 365 |
Maple Leafs de Toronto | 430 |
Stars de Dallas | 396 |
Les six attaquants représentant le top 6 des meilleures équipes ont totalisé environ 400 points combinés. En comparaison, le CH de 2024-2025 a cumulé 318 points avec ses six meilleurs attaquants, dont faisaient partie Brandon Gallagher, Jake Evans et Patrik Laine avec 38, 36 et 33 points respectivement. En tenant compte de l’ajout d’Ivan Demidov, de Zachary Bolduc et d’un apport offensif espéré plus significatif de Juraj Slafkovský, cet écart de 80 points pourrait se réduire considérablement d’ici 2-3 ans.
Pour Kent Hughes et Jeff Gorton, cet exercice pourrait aider à déterminer s’il est nécessaire de viser un joueur qui devra combler ce manque de production offensive ou si la production du top 6 peut croître naturellement avec les éléments en place. L’analyse faite de la production combinée des équipes de tête laisse croire qu’une production combinée d’environ 400 points ne nécessiterait pas un ajout si important. Cette différence quant à la philosophie de construction d’équipe déterminera la différence du prix à payer car on sait que la valeur marchande d’un centre suit une courbe exponentielle : plus celui-ci se rapproche du prototype d’un centre top 6, plus il coûtera cher.
Prioriser une croissance organique
Cette analyse doit aussi prendre en compte la notion de la croissance des jeunes joueurs de l'équipe. Le risque ? Répéter ce que les Sénateurs d'Ottawa ont fait avec les acquisitions d’Alex DeBrincat et de Jacob Chychrun en 2022 alors que la direction croyait que la croissance de l’équipe allait passer par un ou deux ajouts importants. Ce que nous avons vu est pourtant le contraire, alors que l’équipe n’était pas à maturité et que, malgré des résultats offensifs très intéressants, l’équipe avait besoin de croître organiquement avec le développement des jeunes joueurs comme Brady Tkachuk, Tim Stutzle, Shane Pinto, Jake Sanderson qui étaient tous âgés de 22 ans et moins.
Ainsi, même si le CH possède Nick Suzuki et Cole Caufield qui sont déjà établis et qu’on peut projeter dans le futur, l’équipe possède tout de même trois attaquants de 19, 21 et 22 ans en Ivan Demidov, Juraj Slafkovsky et Zachary Bolduc qui n’ont pas atteint leur apogée et qu’on ne peut donc pas encore classer dans cette fameuse hiérarchie d’attaquants. Avant de viser un joueur d'impact au poste de deuxième centre, le Tricolore devrait-il attendre que ces joueurs se développent pour pouvoir mieux combler le poste et mieux identifier le réel besoin de l'équipe, s'il y a encore lieu ?
Les options à l’interne
Ayant identifié l’enjeu pour le CH, nous devons nous demander comment ce poste pourrait être comblé à l’interne. Serions-nous capables de trouver ce joueur de 50-55 points capable de se greffer à un top 6 ?
D’abord, le troisième choix au total de l’encan 2019, Kirby Dach, semble être à sa dernière chance pour se prouver. Il devient toutefois difficile de croire qu’il sera en mesure de combler ce poste. Bien qu’il possède plusieurs atouts, il n’a prouvé qu’à une seule reprise, pendant une demi-saison (en 2022-2023), qu’il était digne d’un joueur top 6. Outre cette période, on semble toujours avoir projeté le potentiel de Kirby Dach au centre.
Son plus proche poursuivant, en qui on semble fonder beaucoup d’espoirs, est Oliver Kapanen, à qui l’on donne de nombreuses occasions de se prouver. Bien qu’il possède la plupart des qualités d’un joueur de la LNH, il est difficile de le projeter à long terme au poste de deuxième centre alors que son jeu n’a pas vraiment d’attributs distinctifs, que ce soit sur le plan physique ou sur le plan des habiletés. Pour se tailler un poste régulier, il devra se forger une identité claire que la direction du CH pourra identifier.
Les deux dernières saisons d’Alex Newhook avec le bleu-blanc-rouge ont révélé un joueur intéressant à sa première campagne, mais dont le potentiel offensif semble limité. Son profil rappelle celui d’un certain Artturi Lehkonen : rapide, efficace en échec avant, mais ayant de la difficulté à conclure ses jeux, ce qui restreint sa production offensive. C’est d’ailleurs cette comparaison qui pourrait rendre le profil de Newhook intéressant pour l’avenir du CH. Nous avons vu qu’avec Nathan MacKinnon, un joueur de grand talent, Lehkonen a su trouver un rôle plus offensif. Est-ce qu’un joueur comme Alex Newhook, qui jouerait en compagnie de joueurs plus talentueux que lui, comme Ivan Demidov et Zachary Bolduc, serait capable de reproduire le parcours d’un Lehkonen et, du même fait, de devenir une option intéressante ? Si c’est le cas, il faudrait tout de même attendre que Demidov devienne ce fameux joueur capable de diriger un trio comme on le projette.
Enfin, après un début fulgurant dans la NCAA, Michael Hage semble être le candidat le plus crédible pour le poste de deuxième centre à long terme. Reste à voir si le CH souhaitera miser sur son développement rapide pour combler ce besoin. Rien ne garantit qu’il saura s’imposer à court terme, car devenir un centre établi de deuxième trio pourrait lui demander plusieurs années.
Des options à l’externe
Le nom qui revient inévitablement dans les conversations de deuxième centre pour le CH est Sidney Crosby. Au-delà du rêve partisan, la possibilité n’est pas totalement farfelue. Le CH figurerait sur la courte liste d’équipes auxquelles le triple champion de la Coupe Stanley accepterait de se joindre en cas de transaction. Le retour d’un tel échange demeure toutefois mystérieux. Si Crosby soumettait une liste d'équipes à Kyle Dubas, une surenchère se ferait naturellement. S’il choisissait lui-même sa destination, le prix pourrait être semblable à celui payé pour Patrick Kane ou Brad Marchand, soit un choix élevé au repêchage.
Si l’option de Crosby est attrayante, l’option la plus crédible à court terme pour le CH sera via transaction pour un joueur moins spectaculaire. Dans un tel cas, il sera intéressant de voir ce que le CH vise. La direction voudra-t-elle simplement boucher un trou à court terme en attendant plus de réponses de Michael Hage ou ira-t-elle pour un jeune joueur sur qui on misera à long terme ? Si on décidait de viser un joueur plus âgé ou un joueur tremplin, on pourrait évoquer des noms comme Ryan O’Reilly, Jean-Gabriel Pageau, Evgeni Malkin et Pavel Zacha qui jouent tous pour des équipes qui pourraient vouloir liquider en cas de mauvais début de saison. Sinon, quant à des jeunes joueurs qui pourraient intéresser le CH à long terme, on pourrait évoquer des noms comme Dawson Mercer et Ryan McLeod, qui ont prouvé être capables de produire une cinquantaine de points, mais qui se retrouvent derrière plusieurs joueurs dans la hiérarchie de leurs organisations respectives.
Un dilemme à surveiller
Bien que le Canadien affiche une formation plus équilibrée qu’auparavant, la position de deuxième centre demeure cruciale pour une équipe qui vise non seulement les séries, mais aussi un long parcours dans le tournoi printanier. La solution ne semble pas se trouver parmi les attaquants établis de l’équipe actuelle. Miser sur Michael Hage exigerait patience et prudence, puisqu’il devra franchir deux paliers rapidement : s’adapter à la LNH puis aux exigences des séries éliminatoires.
Quant aux options externes, l’avenir de Crosby sera à surveiller, car il représenterait un tremplin idéal pour un jeune joueur comme Hage. Autrement, le duo Hughes-Gorton devra redoubler d’ingéniosité pour dénicher un joueur capable d’assumer ce rôle sans surpayer dans un marché où les centres top 6 sont des denrées rares.


